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CNR 2027 : les souverainistes ont enfin trouvé le bouton « s’unir »

Publié le 27 août 2026

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Hémicycle de l’Assemblée nationale française
Image : Richard Ying et Tangui Morlier — Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

CNR 2027 tente de réunir des souverainistes derrière une candidature commune. Pour changer d’échelle, l’initiative pourrait surtout reprendre la mécanique du Nouveau Front populaire de 2024 : coalition, contrat commun, candidat unique et partis autonomes.


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Présidentielle 2027 · analyse

Ils défendent l’unité nationale. Il ne manquait plus qu’à essayer entre eux.

CNR 2027 veut faire émerger une candidature commune entre des sensibilités souverainistes, notamment la gauche républicaine et le gaullisme social. Une petite révolution dans une famille politique où la multiplication des chapelles a longtemps été plus efficace que la multiplication des électeurs.

Il faut commencer par le reconnaître : CNR 2027 est un vrai pas en avant. Le site de l’initiative assume le constat qu’« aucun parti, aucune organisation » ne pourra réussir seul et annonce l’objectif d’une candidature unique à la présidentielle de 2027. Le projet rassemble des responsables politiques, des syndicalistes, des élus locaux, des intellectuels et des citoyens autour de la souveraineté, de la justice sociale, de la réindustrialisation et d’une Europe des nations.

Mais si le rassemblement veut réellement changer d’échelle, il lui manque peut-être moins une nouvelle doctrine qu’un mode d’emploi déjà testé ailleurs : la mécanique du Nouveau Front populaire de 2024. Pas son programme. Pas ses couleurs. Pas ses querelles. Juste le système.

Pourquoi « CNR 2027 » ?

Le nom n’est évidemment pas choisi au hasard. Le Conseil national de la Résistance historique se réunit pour la première fois le 27 mai 1943, dans la clandestinité, sous la présidence de Jean Moulin, mandaté par le général de Gaulle. Son intérêt n’était justement pas de réunir des gens qui pensaient tous pareil : il faisait travailler ensemble huit mouvements de Résistance, six formations politiques et deux syndicats, la CGT et la CFTC. De la gauche communiste à la droite conservatrice, tout ce petit monde avait trouvé un sujet légèrement plus urgent que la guerre des boutiques : libérer le pays et préparer l’après.

Le CNR de 1943, version très résumée

8 mouvements : Combat, Franc-Tireur, Libération-Sud, Libération-Nord, Ceux de la Libération, Ceux de la Résistance, Organisation civile et militaire et Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France.

6 familles politiques : communistes, socialistes, radicaux, démocrates-chrétiens, Alliance démocratique et Fédération républicaine.

2 syndicats : CGT et CFTC.

Le parallèle avec 2027 a évidemment ses limites : le contexte de 1943 n’a rien à voir avec une élection présidentielle. Ce que CNR 2027 reprend, c’est l’idée d’un rassemblement de familles politiques différentes autour d’un socle commun.

Membres du Conseil national de la Résistance en 1944
Membres du Conseil national de la Résistance après la Libération de Paris, autour de Georges Bidault, en 1944. Agence Presse Libération F.F.I. / Musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons.

Et CNR 2027, concrètement, c’est qui ?

La démarche actuelle explique travailler depuis plus d’un an avec des mouvements, responsables politiques, intellectuels, syndicalistes, élus locaux et citoyens engagés. Son objectif affiché est de faire émerger une candidature unique réunissant notamment la gauche républicaine et le gaullisme social. République Souveraine a publiquement confirmé sa participation à l’initiative dès juin 2026.

En revanche, au moment où cet article est publié, le site officiel ne donne pas encore une liste exhaustive de toutes les organisations participantes. C’est une information importante : CNR 2027 existe bien comme démarche de rassemblement, mais sa photographie précise est encore en construction. Pour suivre directement le projet, son adresse est simple : cnr2027.fr.

Le nom devient alors plutôt cohérent : en 1943, des communistes, des socialistes, des démocrates-chrétiens, des conservateurs et des syndicalistes avaient réussi à s’asseoir autour de la même table. En 2027, demander à quelques souverainistes de partager une affiche devrait théoriquement nécessiter un peu moins de clandestinité.

Copier le NFP, mais uniquement la notice de montage

En juin 2024, le PS, La France insoumise, les écologistes et le PCF ne se sont pas réveillés subitement avec les mêmes idées. Ils ont fait quelque chose de beaucoup plus banal et, en politique française, presque exotique : ils ont accepté de ne pas être d’accord sur tout. En quatre jours, ils ont adopté une bannière commune, un contrat de législature, une répartition des candidatures et ont repoussé à plus tard la bataille du chef.

CNR 2027 pourrait pousser cette logique beaucoup plus loin : conserver chaque parti, créer une bannière commune, rédiger dix engagements maximum, choisir un seul candidat à l’Élysée puis préparer des candidatures législatives communes. Les sujets sur lesquels les mouvements restent irréconciliables pourraient simplement rester hors du contrat commun.

Une coalition n’exige pas que tout le monde pense pareil. Elle exige surtout que tout le monde accepte, pendant cinq minutes, de ne pas être candidat à la place de l’autre.

Le socle minimal existe : souveraineté nationale, démocratie directe, réindustrialisation, services publics, indépendance énergétique, protection des secteurs stratégiques et refus d’une Europe fédérale. Ensuite, un gouvernement de coalition pourrait refléter ses différentes sensibilités : un courant social au travail et aux solidarités, des gaullistes ou participationnistes à l’industrie et à l’économie, d’autres sensibilités aux fonctions régaliennes. Ce serait moins romantique qu’une fusion générale, mais probablement beaucoup plus solide.

Hémicycle de l’Assemblée nationale française
Hémicycle de l’Assemblée nationale. Photo : Richard Ying et Tangui Morlier, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Et électoralement, ça pèserait combien ?

Les additions brutes sont dangereuses : un électeur n’est pas une pièce de Lego que l’on déplace d’un parti à l’autre. Mais les résultats passés donnent un ordre de grandeur. En 2017, Nicolas Dupont-Aignan obtenait 4,70 % au premier tour de la présidentielle et François Asselineau 0,92 %. Aux européennes de 2024, l’UPR recueillait 1,02 % et la coalition menée par Les Patriotes 0,93 %.

Quelques repères électoraux… et ce que donnerait l’union

Dupont-Aignan 2017
4,70 %
Asselineau 2017
0,92 %
UPR 2024
1,02 %
Patriotes & alliés 2024
0,93 %
Bloc souverainiste uni
5–8 %*

*Scénario, pas sondage. La dernière barre représente le milieu d’une fourchette de 5 à 8 % envisagée pour une coalition nationale réussissant à réunir plusieurs électorats souverainistes et à attirer au-delà de leurs noyaux actuels. Pour donner un repère purement arithmétique, Dupont-Aignan + Asselineau représentaient déjà 5,62 % au premier tour de 2017. Les élections et candidatures ci-dessus ne sont pas directement comparables et leurs électorats ne s’additionnent jamais automatiquement.

Une coalition nationale sérieuse pourrait donc commencer par viser 5 à 8 % si elle réussissait à réunir plusieurs de ces électorats et à en attirer de nouveaux. Une dynamique autour de 8 à 12 % deviendrait envisageable uniquement avec une campagne nationale, une personnalité crédible et une percée au-delà des militants souverainistes. Ce sont des scénarios, pas des sondages.

Le vrai objectif : ne pas additionner cinq partis à 1 %, mais créer une offre politique capable d’attirer des électeurs qui ne votent aujourd’hui pour aucun d’eux.

Il manque un visage que les gens connaissent sans Wikipédia

CNR 2027 annonce qu’une personnalité doit incarner la démarche. Le choix sera crucial. Une coalition de micro-partis peut avoir le meilleur programme du monde : si la moitié du pays doit chercher le nom du candidat sur Google, le démarrage sera compliqué.

L’idéal serait donc d’entourer le candidat de personnalités venues d’ailleurs : syndicalistes, entrepreneurs, maires, intellectuels, artistes ou figures populaires. Patrick Sébastien illustre le type de passerelle possible : après avoir un temps évoqué l’hypothèse d’une candidature, il a lancé son mouvement citoyen « Ça suffit » et a ensuite écarté l’idée de devenir lui-même président. Une personnalité de ce type pourrait soutenir ou participer au débat sans intégrer un parti.

Urne électorale française
Urne électorale en France. Photo : Pierre-alain dorange, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le plus gros obstacle tient parfois dans un ego

Les désaccords idéologiques entre souverainistes sont réels : économie, immigration, institutions ou méthode face à l’Union européenne. Mais tout expliquer par les idées serait confortable. Les petits partis sont souvent très personnalisés autour de leur fondateur, et rejoindre une coalition signifie accepter de ne plus être systématiquement le premier nom sur l’affiche.

La meilleure stratégie serait donc de reprendre exactement la leçon organisationnelle du NFP : pas de fusion forcée, un contrat commun, une bannière commune, une candidature commune et une répartition négociée du pouvoir. Chacun garde sa maison ; tout le monde accepte simplement de construire la rue ensemble.

CNR 2027 a déjà accompli la partie que beaucoup jugeaient impossible : faire commencer la discussion. Pour la suite, l’enjeu est simple. Soit les souverainistes apprennent à faire coalition, soit ils pourront continuer à expliquer, chacun dans leur permanence, pourquoi l’union de la France est une priorité nationale.

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