Son discours économique a bougé. Il critique davantage le ruissellement, les baisses d’impôts et certaines aides aux entreprises. Il défend aussi un État plus solide et davantage de personnel dans les services publics. En juillet 2025, il déclarait : « L’arithmétique ne fait pas une politique de réorganisation de nos services publics. Chacun sait qu’il faut plus de policiers, de gardiens de prison, qu’il faut plus de personnel dans les hôpitaux. » Il défendait également un meilleur encadrement scolaire dans les quartiers populaires et les territoires ruraux.
Bref, le Flanby commence à prendre un peu de consistance.
Il faut aussi reconnaître un morceau important de son bilan : les attentats. Charlie Hebdo, le 13-Novembre, Nice… Hollande a gouverné pendant une période où la France encaissait des coups terribles. État d’urgence, renforcement de la sécurité, opérations militaires contre Daech : certaines décisions ont été vivement contestées, notamment concernant les libertés publiques. Mais dans la tempête, Hollande n’a pas rangé le costume présidentiel dans le placard. Il a su incarner l’État et afficher une ligne de fermeté. Le Flanby avait peut-être la réputation de trembler dans l’assiette. Dans ces moments-là, l’Élysée, lui, n’a pas tremblé.
Sur l’Europe aussi, le bonhomme veut désormais sortir les haltères. Hollande défend une Europe capable de produire davantage de ses armes, de protéger ses industries et d’assurer sa sécurité sans attendre que Washington arrive avec la notice et les piles. L’idée commence à devenir intéressante pour ceux qui veulent à la fois protection sociale, industrie, services publics, État solide et puissance militaire. Mais ne mettons pas encore Flanby dans le micro-ondes pour en faire Chevènement. Hollande reste profondément européen. Là où certains défendent une Europe superpuissance à l’extérieur mais très décentralisée à l’intérieur, avec des nations gardant largement les clés de la maison, Hollande accepte davantage d’intégration européenne. Sur les nationalisations, il reste prudent. Sur le RIC, c’est toujours le désert : deux cactus, trois cailloux et un panneau « prochain référendum à 350 kilomètres ».
Alors, Hollande a-t-il changé ? Oui, en partie. Est-il devenu un souverainiste de gauche ? Non. Mais le simple fait qu’on puisse sérieusement poser la question raconte quelque chose de la France politique de 2026 : on est quand même arrivés à un niveau où certains commencent à regretter Flanby. Et ce n’est peut-être pas seulement parce que Hollande a changé. Quand le nouveau restaurant du quartier vous sert neuf ans de plats douteux, même l’ancienne cantine commence à avoir un petit parfum de restaurant étoilé. Le vrai contrôle technique arrivera avec son éventuel programme pour 2027. S’il confirme son retour vers une gauche plus sociale et souverainiste, il pourrait devenir une alternative de compromis si aucun candidat vraiment proche de cette vision n’arrive à peser. Après tout, le scooter a déjà démarré une fois. Reste à savoir si, en 2027, Hollande remettra le casque… et surtout s’il sait où il va.
