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La Corée du Nord des tropiques

Publié le 10 août 2026

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La Corée du Nord des tropiques

Autrefois héroïque figure de proue contre la tyrannie des Somoza, Daniel Ortega a méthodiquement verrouillé le Nicaragua pour instaurer, avec son épouse Rosario Murillo, un régime autoritaire et héréditaire.


En 1979, la chute de la dictature des Somoza sous l'impulsion du Front sandiniste de libération nationale laissait espérer un avenir démocratique pour le Nicaragua. Porté par cet élan révolutionnaire, Daniel Ortega s'est imposé comme la figure centrale de cette transition. Pourtant, un demi-siècle plus tard, le libérateur d'autrefois a méthodiquement reconstruit le système tyrannique qu'il avait combattu, instaurant avec son épouse un régime autoritaire aujourd'hui qualifié de « Corée du Nord des tropiques ».
​Battu lors des élections de 1990 après une décennie marquée par la guerre civile contre les Contras, Ortega a tiré une leçon radicale : ne plus jamais abandonner le pouvoir. Pour orchestrer son retour, il scelle en 1999 un accord politique opportuniste avec le président Arnoldo Alemán, connu sous le nom d'« El Pacto ». Cet arrangement modifie la loi électorale en abaissant le seuil de victoire au premier tour à 35 %. En adoucissant son discours, en s'alliant au grand patronat et en se réconciliant spectaculairement avec l'Église catholique, Daniel Ortega remporte la présidentielle de 2006 avec seulement 38 % des voix.
​Une fois réinstallé à la présidence, le verrouillage des institutions s'est rapidement accéléré. La Constitution est modifiée pour faire sauter la limitation des mandats, puis son épouse, Rosario Murillo, est nommée vice-présidente en 2016. Le point de bascule vers la répression pure survient en avril 2018 : face à des manifestations massives déclenchées par une réforme des retraites, le régime déploie la police, l'armée et des snipers contre la population civile.
​Depuis ce tournant violent, la dérive autoritaire s'est intensifiée. Les opposants politiques sont emprisonnés ou déchus de leur nationalité, la presse indépendante est étranglée et la communauté chrétienne est ciblée par le pouvoir. Un rapport d'experts des Nations Unies de 2023 conclut formellement à des crimes contre l'humanité, tandis que Reporters Sans Frontières relègue le pays à la 172e place mondiale pour la liberté de la presse. Le contrôle est désormais total : une révision constitutionnelle a instauré une co-présidence officielle entre Ortega et Murillo, tout en préparant la succession au profit de leur fils Laureano.
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