Dossier citoyen · Octobre 2026
Référendum d'initiative citoyenne :
rendre la parole au peuple
Depuis 2008, la Constitution prévoit un référendum d'initiative partagée. Il n'a jamais abouti : il faut 185 parlementaires, puis 4,8 millions de signatures, et le Parlement peut tout bloquer en examinant simplement le texte. Ce dossier propose de le remplacer par un vrai référendum d'initiative citoyenne, encadré, et de l'inscrire dans la Constitution par référendum.
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référendum d'initiative partagée abouti depuis 2008
L'Info Durable (AFP)
4,8 M
de signatures exigées, après 185 parlementaires
Public Sénat
1,1 M
signatures pour Aéroports de Paris, le record, insuffisant
L'Info Durable (AFP)
73 %
des Français favorables à un RIC constitutionnel
Ifop (février 2022)
Sommaire
1. Le constat
Un droit écrit dans la Constitution, et jamais utilisable
Le référendum d'initiative partagée (RIP) a été créé en 2008. Il devait permettre aux citoyens de déclencher un référendum. Dans les faits, il est conçu pour ne pas aboutir.
Le seul RIP arrivé jusqu'à la collecte des signatures. Sources : L'Info Durable (AFP) et Public Sénat.
Parlementaires nécessaires avant toute signature citoyenne
185, soit un cinquième du Parlement
Source : Public Sénat
Signatures citoyennes exigées ensuite
4,8 millions en 9 mois, soit 10 % des inscrits
Source : Public Sénat
Ce qui suffit au Parlement pour éviter le référendum
Examiner le texte dans les 6 mois, même sans l'adopter
Source : Public Sénat
Jugement du Conseil constitutionnel (juin 2020)
Une procédure « dissuasive et peu lisible »
Source : L'Info Durable (AFP)
Sources : Elabe pour BFMTV (décembre 2018) et Ifop (février 2022). Les habitants des communes rurales sont les plus favorables (Elabe pour BFMTV (décembre 2018)).
Un droit qu'on ne peut pas exercer n'est pas un droit. C'est une vitrine.
2. Ce qui existe déjà
Ce qui marche ailleurs, et ce qu'il faut éviter
Avant de proposer, il faut regarder ce qui existe, en France et chez nos voisins.
Le référendum d'initiative partagée (France, depuis 2008)
Un référendum déclenché par 185 parlementaires soutenus par 4,8 millions d'électeurs.
La limite : Aucun n'a jamais abouti. La meilleure tentative, contre la privatisation d'Aéroports de Paris, s'est arrêtée à 1,1 million de signatures.
Source : L'Info Durable (AFP)
L'initiative populaire (Suisse, depuis 1891)
100 000 citoyens, environ 2 % du corps électoral, peuvent proposer une révision de la Constitution, avec 18 mois pour réunir les signatures.
La limite : La validité du texte est vérifiée après la collecte, ce qui a laissé passer des initiatives contraires aux traités. D'où l'intérêt d'un contrôle avant la collecte.
Source : Parlement suisse
Le référendum abrogatoire (Italie)
Les citoyens peuvent demander la suppression d'une loi.
La limite : Le vote n'est valable que si 50 % des électeurs se déplacent. Les opposants appellent donc à l'abstention, et seuls 4 référendums sur 29 ont atteint ce seuil depuis 1995.
Source : The Local Italy (mai 2025)
Le RIC marche quand il est réellement accessible et que le boycott ne peut pas le saboter. C'est ce que ce texte reprend.
3. La solution
Un vrai RIC, et des garde-fous solides
Un million de citoyens doivent pouvoir mettre un sujet sur la table, sans attendre la permission de 185 parlementaires.
Trois façons de saisir le peuple
Proposer une loi
Pour le déclencher
1 000 000 de signatures, en 12 mois
Pour qu'il soit adopté
Majorité des voix, et des « oui » au moins égaux au quart des inscrits
Abroger une loi
Pour le déclencher
1 000 000 de signatures, en 12 mois
Pour qu'il soit adopté
Majorité des voix, et des « oui » au moins égaux au quart des inscrits
Réviser la Constitution
Pour le déclencher
1 500 000 signatures, en 12 mois
Pour qu'il soit adopté
Majorité des voix, et des « oui » au moins égaux au tiers des inscrits
Ces seuils sont un compromis : au-dessus des 900 000 signatures proposées à l'Assemblée en 2019, en dessous des 2 millions proposés par le Sénat pour le RIP, et 4 à 5 fois moins que le RIP actuel (Public Sénat).
Les deux piliers
Le RIC entre dans la Constitution
- L'initiative vient des citoyens seuls : plus besoin de 185 parlementaires.
- Proposer, abroger, réviser : une loi, la suppression d'une loi, ou une modification de la Constitution.
- Le Parlement garde la main : s'il adopte le texte tel quel, pas de référendum. Sinon, il peut proposer sa propre version, soumise au même vote.
Des garde-fous, et un verrou
- Contrôle avant la collecte : le Conseil constitutionnel vérifie le texte en un mois, avant la première signature.
- Pas de victoire par l'abstention : il faut assez de « oui », pas assez de votants. Le boycott ne sert plus à rien.
- Deux ans de délai avant de reposer une question rejetée.
- Un verrou : le RIC ne pourra être supprimé ou restreint que par un nouveau référendum, jamais par une simple majorité au Parlement.
Ce que ce texte ne fait pas
- Il ne touche ni aux pouvoirs du Président, ni à ceux du Gouvernement, ni au Sénat.
- Il ne crée pas de référendum pour révoquer les élus.
- Il ne permet jamais de toucher à la forme républicaine du gouvernement, déjà protégée par l'article 89.
La procédure
Le texte suit la voie normale de révision, l'article 89 : il est voté dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale et le Sénat, puis soumis au référendum. Une proposition de loi constitutionnelle d'origine parlementaire doit obligatoirement être approuvée par le peuple. C'est donc le peuple qui aura le dernier mot sur son propre droit d'initiative.
4. FAQ
Les critiques, et nos réponses
Ces objections reviennent dans chaque débat sur le RIC. Chacune a sa réponse, preuves à l'appui.
« Le référendum d'initiative partagée existe déjà, il suffit de baisser le seuil. »
« Le peuple va voter n'importe quoi sous le coup de l'émotion. »
« Le RIC va court-circuiter le Parlement. »
« Il suffit qu'une minorité aille voter pour imposer sa loi. »
« Les lobbies vont acheter des signatures. »
« C'est une idée d'un seul camp politique. »
« Pourquoi ne pas passer directement par l'article 11, comme de Gaulle en 1962 ? »
Faire confiance aux citoyens pour élire, mais pas pour décider : c'est cette contradiction que le texte corrige.
5. Notre appel
Ce que nous demandons aux élus
Le RIC est soutenu dans tous les électorats. Il manque des élus prêts à le porter ensemble. Nous demandons trois choses concrètes :
- 1Déposer ou cosigner cette proposition de loi constitutionnelle, idéalement avec des parlementaires de plusieurs groupes, pour qu'elle ne soit l'outil d'aucun parti.
- 2Poser une question écrite au Gouvernement : pourquoi aucun référendum d'initiative partagée n'a abouti depuis 2008, et que compte-t-il faire pour rendre ce droit réel ?
- 3S'engager publiquement pour une adoption par référendum, selon l'article 89, et non par le seul Congrès.
Pour donner suite, il suffit de répondre au message qui vous a transmis ce dossier.
Faites circuler
Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager
Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à vos proches, à votre maire, à votre député, à votre sénateur. Chaque partage compte.
6. Le droit
Pourquoi ça tient devant un juriste
Voici les objections qu'un juriste ou le Conseil constitutionnel pourraient soulever, et pourquoi le texte y résiste.
« On ne peut pas modifier la Constitution par un simple référendum. »
Ce texte ne contourne rien : il suit l'article 89, la procédure de révision prévue par la Constitution. Il est voté par les deux assemblées, puis approuvé par référendum, comme le quinquennat en 2000.Base juridique : Article 89 de la Constitution du 4 octobre 1958.
« Un RIC pourrait porter atteinte aux droits fondamentaux. »
Pour une loi, le Conseil constitutionnel vérifie avant la collecte que le texte respecte les droits et libertés garantis par la Constitution. Pour une révision, les limites de l'article 89 s'appliquent : aucune atteinte à la forme républicaine du gouvernement ni à l'intégrité du territoire.Base juridique : Article 2 de la proposition (nouvel article 11-1, deuxième alinéa) ; article 89, alinéas 4 et 5, de la Constitution.
« Un RIC pourrait violer les engagements européens et internationaux de la France. »
Le contrôle préalable porte aussi sur le respect des engagements internationaux. C'est exactement la faille suisse que ce texte corrige : là-bas, la validité n'est vérifiée qu'après la collecte des signatures.Base juridique : Article 55 de la Constitution ; article 2 de la proposition (nouvel article 11-1, deuxième alinéa).
« Le verrou est impossible : une révision peut toujours en défaire une autre. »
Le verrou n'interdit pas de modifier le RIC : il impose que cela passe par le peuple. Le Conseil constitutionnel juge que le pouvoir constituant est souverain et peut fixer la forme qu'il estime appropriée, dans les limites qu'il se donne.Base juridique : Décision n° 92-312 DC du 2 septembre 1992 du Conseil constitutionnel ; article 4 de la proposition.
« L'article 3 réserve la souveraineté aux représentants et au référendum. »
C'est pourquoi l'article 1er de la proposition complète l'article 3 en y ajoutant l'initiative citoyenne. La Constitution reste cohérente avec elle-même.Base juridique : Article 3 de la Constitution, complété par l'article 1er de la proposition.
7. Le texte
Proposition de loi constitutionnelle, prête à être déposée
Un texte court : quatre articles, qui modifient trois articles de la Constitution.
Proposition de loi
visant à instaurer le référendum d'initiative citoyenne
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs, depuis sa création en 2008, aucun référendum d'initiative partagée n'a abouti. Il exige le soutien de 185 parlementaires puis de 4,8 millions d'électeurs, et le Parlement peut l'écarter en se bornant à examiner le texte.
Dans le même temps, une large majorité de Français se déclare favorable à un référendum d'initiative citoyenne, dans tous les électorats.
La présente proposition de loi constitutionnelle remplace le référendum d'initiative partagée par un référendum d'initiative citoyenne, accessible mais encadré : contrôle préalable du Conseil constitutionnel, seuil d'approbation, contre-projet du Parlement et délai de deux ans avant de reposer une question rejetée.
Article 1er – La souveraineté
Le premier alinéa de l'article 3 de la Constitution est ainsi rédigé :
« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants, par la voie du référendum et par l'initiative citoyenne. »
Article 2 – Le RIC pour proposer ou abroger une loi
Les troisième à sixième alinéas de l'article 11 de la Constitution sont abrogés. Après l'article 11, il est inséré un article 11-1 ainsi rédigé :
« Art. 11-1. – Un million d'électeurs inscrits sur les listes électorales peuvent demander qu'une proposition de loi, ou l'abrogation de tout ou partie d'une loi promulguée, soit soumise au référendum.
« Avant toute collecte, le Conseil constitutionnel vérifie dans un délai d'un mois que l'initiative relève du domaine de la loi et respecte les droits et libertés que la Constitution garantit ainsi que les engagements internationaux de la France.
« Les soutiens sont recueillis dans un délai de douze mois, sous le contrôle du Conseil constitutionnel.
« Le Parlement dispose de six mois pour adopter le texte sans modification, auquel cas il n'est pas soumis au référendum, ou pour adopter un contre-projet soumis au même scrutin.
« La proposition est adoptée si elle recueille la majorité des suffrages exprimés et un nombre de voix au moins égal au quart des électeurs inscrits.
« Une initiative rejetée ne peut être présentée de nouveau sur le même objet avant deux ans.
« Une loi organique fixe les conditions d'application du présent article, notamment le plafonnement et la transparence du financement des campagnes. »
Article 3 – Le RIC pour réviser la Constitution
Après le premier alinéa de l'article 89 de la Constitution, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« L'initiative de la révision appartient également à un million cinq cent mille électeurs inscrits sur les listes électorales. La proposition de révision est soumise au référendum selon la procédure prévue à l'article 11-1 ; le contrôle préalable du Conseil constitutionnel porte alors uniquement sur le respect des limites fixées au présent article et sur l'unité de son objet. Elle est adoptée si elle recueille la majorité des suffrages exprimés et un nombre de voix au moins égal au tiers des électeurs inscrits. »
Article 4 – Le verrou
L'article 89 de la Constitution est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Les dispositions de l'article 11-1 et du deuxième alinéa du présent article ne peuvent être abrogées ou restreintes que par la voie du référendum. »
N'importe quel député ou sénateur peut déposer ce texte. Adopté dans les mêmes termes par les deux assemblées, il est obligatoirement soumis au référendum (article 89 de la Constitution). L'organisation pratique, notamment la collecte des signatures et le financement des campagnes, est renvoyée à une loi organique.
Sources
- Public Sénat, le référendum d'initiative partagée : mode d'emploi
- L'Info Durable (AFP), le référendum d'initiative partagée : une course d'obstacles
- Ifop, les Français et le référendum constitutionnel d'initiative citoyenne (février 2022)
- Elabe pour BFMTV, les Français et les gilets jaunes (décembre 2018)
- Public Sénat, les référendums dans les programmes des candidats et l'échec de la réforme de 2018-2019
- Public Sénat, la proposition de RIC rejetée à l'Assemblée nationale (février 2019)
- Public Sénat, Bruno Retailleau favorable à un RIC encadré (décembre 2018)
- Parlement suisse, les initiatives populaires
- Swissinfo, réformer l'initiative populaire
- Swissinfo, l'initiative populaire, une révolution tous les trois mois
- The Local Italy, le boycott du référendum (mai 2025)
- NPR, le référendum italien invalidé faute de participation (juin 2025)
- Le Club des juristes, peut-on réviser la Constitution par l'article 11 ?
- Actu-Juridique, le Conseil constitutionnel et le référendum de l'article 11 (octobre 2026)
Chiffres vérifiés le 23 octobre 2026. Les seuils de signatures proposés sont des choix de ce dossier, à débattre.