Dossier citoyen · Octobre 2026

Référendum d'initiative citoyenne :
rendre la parole au peuple

Depuis 2008, la Constitution prévoit un référendum d'initiative partagée. Il n'a jamais abouti : il faut 185 parlementaires, puis 4,8 millions de signatures, et le Parlement peut tout bloquer en examinant simplement le texte. Ce dossier propose de le remplacer par un vrai référendum d'initiative citoyenne, encadré, et de l'inscrire dans la Constitution par référendum.

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Sommaire
  1. 1. Le constat
  2. 2. Ce qui existe déjà
  3. 3. La solution
  4. 4. Les critiques, et nos réponses
  5. 5. Ce que nous demandons
  6. 6. Partager ce dossier
  7. 7. Pourquoi ça tient juridiquement
  8. 8. La proposition de loi

1. Le constat

Un droit écrit dans la Constitution, et jamais utilisable

Le référendum d'initiative partagée (RIP) a été créé en 2008. Il devait permettre aux citoyens de déclencher un référendum. Dans les faits, il est conçu pour ne pas aboutir.

Signatures réunies par le RIP Aéroports de Paris, face au seuil exigé
Signatures réunies (2019-2020)1,1 million
Seuil exigé4,8 millions

Le seul RIP arrivé jusqu'à la collecte des signatures. Sources : L'Info Durable (AFP) et Public Sénat.

  • Parlementaires nécessaires avant toute signature citoyenne

    185, soit un cinquième du Parlement

    Source : Public Sénat

  • Signatures citoyennes exigées ensuite

    4,8 millions en 9 mois, soit 10 % des inscrits

    Source : Public Sénat

  • Ce qui suffit au Parlement pour éviter le référendum

    Examiner le texte dans les 6 mois, même sans l'adopter

    Source : Public Sénat

  • Jugement du Conseil constitutionnel (juin 2020)

    Une procédure « dissuasive et peu lisible »

    Source : L'Info Durable (AFP)

Français favorables au RIC
Pour proposer des lois (Elabe, 2018)82 %
Pour réviser la Constitution (Ifop, 2022)73 %

Sources : Elabe pour BFMTV (décembre 2018) et Ifop (février 2022). Les habitants des communes rurales sont les plus favorables (Elabe pour BFMTV (décembre 2018)).

Un droit qu'on ne peut pas exercer n'est pas un droit. C'est une vitrine.

2. Ce qui existe déjà

Ce qui marche ailleurs, et ce qu'il faut éviter

Avant de proposer, il faut regarder ce qui existe, en France et chez nos voisins.

  • Le référendum d'initiative partagée (France, depuis 2008)

    Un référendum déclenché par 185 parlementaires soutenus par 4,8 millions d'électeurs.

    La limite : Aucun n'a jamais abouti. La meilleure tentative, contre la privatisation d'Aéroports de Paris, s'est arrêtée à 1,1 million de signatures.

    Source : L'Info Durable (AFP)

  • L'initiative populaire (Suisse, depuis 1891)

    100 000 citoyens, environ 2 % du corps électoral, peuvent proposer une révision de la Constitution, avec 18 mois pour réunir les signatures.

    La limite : La validité du texte est vérifiée après la collecte, ce qui a laissé passer des initiatives contraires aux traités. D'où l'intérêt d'un contrôle avant la collecte.

    Source : Parlement suisse

  • Le référendum abrogatoire (Italie)

    Les citoyens peuvent demander la suppression d'une loi.

    La limite : Le vote n'est valable que si 50 % des électeurs se déplacent. Les opposants appellent donc à l'abstention, et seuls 4 référendums sur 29 ont atteint ce seuil depuis 1995.

    Source : The Local Italy (mai 2025)

Le RIC marche quand il est réellement accessible et que le boycott ne peut pas le saboter. C'est ce que ce texte reprend.

3. La solution

Un vrai RIC, et des garde-fous solides

Un million de citoyens doivent pouvoir mettre un sujet sur la table, sans attendre la permission de 185 parlementaires.

Trois façons de saisir le peuple

Proposer une loi

Pour le déclencher

1 000 000 de signatures, en 12 mois

Pour qu'il soit adopté

Majorité des voix, et des « oui » au moins égaux au quart des inscrits

Abroger une loi

Pour le déclencher

1 000 000 de signatures, en 12 mois

Pour qu'il soit adopté

Majorité des voix, et des « oui » au moins égaux au quart des inscrits

Réviser la Constitution

Pour le déclencher

1 500 000 signatures, en 12 mois

Pour qu'il soit adopté

Majorité des voix, et des « oui » au moins égaux au tiers des inscrits

Ces seuils sont un compromis : au-dessus des 900 000 signatures proposées à l'Assemblée en 2019, en dessous des 2 millions proposés par le Sénat pour le RIP, et 4 à 5 fois moins que le RIP actuel (Public Sénat).

Les deux piliers

1

Le RIC entre dans la Constitution

  • L'initiative vient des citoyens seuls : plus besoin de 185 parlementaires.
  • Proposer, abroger, réviser : une loi, la suppression d'une loi, ou une modification de la Constitution.
  • Le Parlement garde la main : s'il adopte le texte tel quel, pas de référendum. Sinon, il peut proposer sa propre version, soumise au même vote.
2

Des garde-fous, et un verrou

  • Contrôle avant la collecte : le Conseil constitutionnel vérifie le texte en un mois, avant la première signature.
  • Pas de victoire par l'abstention : il faut assez de « oui », pas assez de votants. Le boycott ne sert plus à rien.
  • Deux ans de délai avant de reposer une question rejetée.
  • Un verrou : le RIC ne pourra être supprimé ou restreint que par un nouveau référendum, jamais par une simple majorité au Parlement.

Ce que ce texte ne fait pas

  • Il ne touche ni aux pouvoirs du Président, ni à ceux du Gouvernement, ni au Sénat.
  • Il ne crée pas de référendum pour révoquer les élus.
  • Il ne permet jamais de toucher à la forme républicaine du gouvernement, déjà protégée par l'article 89.

La procédure

Le texte suit la voie normale de révision, l'article 89 : il est voté dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale et le Sénat, puis soumis au référendum. Une proposition de loi constitutionnelle d'origine parlementaire doit obligatoirement être approuvée par le peuple. C'est donc le peuple qui aura le dernier mot sur son propre droit d'initiative.

4. FAQ

Les critiques, et nos réponses

Ces objections reviennent dans chaque débat sur le RIC. Chacune a sa réponse, preuves à l'appui.

« Le référendum d'initiative partagée existe déjà, il suffit de baisser le seuil. »
Baisser le seuil ne suffit pas. Le RIP exige d'abord 185 parlementaires : ce n'est pas une initiative citoyenne. Et même avec toutes les signatures, il suffit que le Parlement « examine » le texte pour qu'il n'y ait pas de référendum (Public Sénat). Le Conseil constitutionnel lui-même a jugé la procédure dissuasive et peu lisible (L'Info Durable (AFP)).
« Le peuple va voter n'importe quoi sous le coup de l'émotion. »
Il faut un million de signatures en douze mois : on ne réunit pas ça sur un coup de colère. Le texte est contrôlé par le Conseil constitutionnel avant la collecte, le Parlement peut proposer un contre-projet, et une question rejetée ne revient pas avant deux ans. En Suisse, qui pratique l'initiative populaire depuis 1891, près de 90 % des initiatives soumises au vote sont rejetées (Swissinfo).
« Le RIC va court-circuiter le Parlement. »
Non. Le Parlement garde la main : s'il adopte le texte tel quel, il n'y a pas de référendum. Et il peut proposer sa propre version, soumise au même vote. Le RIC ne remplace pas les élus, il leur rappelle qui les a élus.
« Il suffit qu'une minorité aille voter pour imposer sa loi. »
C'est pour ça qu'il y a un seuil : il faut la majorité des voix, et un nombre de « oui » au moins égal au quart des inscrits (au tiers pour la Constitution). On ne fixe volontairement pas de seuil de participation : en Italie, il pousse les opposants à appeler à l'abstention au lieu de voter non, et seuls 4 référendums sur 29 l'ont atteint depuis 1995 (The Local Italy (mai 2025)).
« Les lobbies vont acheter des signatures. »
La loi organique prévue par le texte plafonne et rend public le financement des campagnes, comme pour une élection. Et un million de signatures vérifiées, c'est beaucoup plus difficile à acheter qu'un vote au Parlement.
« C'est une idée d'un seul camp politique. »
Faux. Le RIC a été défendu, sous des formes diverses, à gauche comme à droite (Public Sénat). Bruno Retailleau, alors président du groupe LR au Sénat, s'y disait favorable s'il est encadré (Public Sénat (décembre 2018)). Et dans l'opinion, le soutien traverse tous les électorats (Ifop (février 2022)).
« Pourquoi ne pas passer directement par l'article 11, comme de Gaulle en 1962 ? »
Parce que cette voie est contestée par une partie des juristes et du Conseil constitutionnel (Le Club des juristes), et que le débat a été relancé en octobre 2026 (Actu-Juridique (octobre 2026)). Le RIC a besoin d'une légitimité incontestable : ce texte passe par la procédure normale de révision, l'article 89, avec un vote des deux assemblées puis un référendum.

Faire confiance aux citoyens pour élire, mais pas pour décider : c'est cette contradiction que le texte corrige.

5. Notre appel

Ce que nous demandons aux élus

Le RIC est soutenu dans tous les électorats. Il manque des élus prêts à le porter ensemble. Nous demandons trois choses concrètes :

  1. 1Déposer ou cosigner cette proposition de loi constitutionnelle, idéalement avec des parlementaires de plusieurs groupes, pour qu'elle ne soit l'outil d'aucun parti.
  2. 2Poser une question écrite au Gouvernement : pourquoi aucun référendum d'initiative partagée n'a abouti depuis 2008, et que compte-t-il faire pour rendre ce droit réel ?
  3. 3S'engager publiquement pour une adoption par référendum, selon l'article 89, et non par le seul Congrès.

Pour donner suite, il suffit de répondre au message qui vous a transmis ce dossier.

Faites circuler

Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager

Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à vos proches, à votre maire, à votre député, à votre sénateur. Chaque partage compte.

6. Le droit

Pourquoi ça tient devant un juriste

Voici les objections qu'un juriste ou le Conseil constitutionnel pourraient soulever, et pourquoi le texte y résiste.

  • « On ne peut pas modifier la Constitution par un simple référendum. »

    Ce texte ne contourne rien : il suit l'article 89, la procédure de révision prévue par la Constitution. Il est voté par les deux assemblées, puis approuvé par référendum, comme le quinquennat en 2000.

    Base juridique : Article 89 de la Constitution du 4 octobre 1958.

  • « Un RIC pourrait porter atteinte aux droits fondamentaux. »

    Pour une loi, le Conseil constitutionnel vérifie avant la collecte que le texte respecte les droits et libertés garantis par la Constitution. Pour une révision, les limites de l'article 89 s'appliquent : aucune atteinte à la forme républicaine du gouvernement ni à l'intégrité du territoire.

    Base juridique : Article 2 de la proposition (nouvel article 11-1, deuxième alinéa) ; article 89, alinéas 4 et 5, de la Constitution.

  • « Un RIC pourrait violer les engagements européens et internationaux de la France. »

    Le contrôle préalable porte aussi sur le respect des engagements internationaux. C'est exactement la faille suisse que ce texte corrige : là-bas, la validité n'est vérifiée qu'après la collecte des signatures.

    Base juridique : Article 55 de la Constitution ; article 2 de la proposition (nouvel article 11-1, deuxième alinéa).

  • « Le verrou est impossible : une révision peut toujours en défaire une autre. »

    Le verrou n'interdit pas de modifier le RIC : il impose que cela passe par le peuple. Le Conseil constitutionnel juge que le pouvoir constituant est souverain et peut fixer la forme qu'il estime appropriée, dans les limites qu'il se donne.

    Base juridique : Décision n° 92-312 DC du 2 septembre 1992 du Conseil constitutionnel ; article 4 de la proposition.

  • « L'article 3 réserve la souveraineté aux représentants et au référendum. »

    C'est pourquoi l'article 1er de la proposition complète l'article 3 en y ajoutant l'initiative citoyenne. La Constitution reste cohérente avec elle-même.

    Base juridique : Article 3 de la Constitution, complété par l'article 1er de la proposition.

7. Le texte

Proposition de loi constitutionnelle, prête à être déposée

Un texte court : quatre articles, qui modifient trois articles de la Constitution.

Proposition de loi

visant à instaurer le référendum d'initiative citoyenne

Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs, depuis sa création en 2008, aucun référendum d'initiative partagée n'a abouti. Il exige le soutien de 185 parlementaires puis de 4,8 millions d'électeurs, et le Parlement peut l'écarter en se bornant à examiner le texte.

Dans le même temps, une large majorité de Français se déclare favorable à un référendum d'initiative citoyenne, dans tous les électorats.

La présente proposition de loi constitutionnelle remplace le référendum d'initiative partagée par un référendum d'initiative citoyenne, accessible mais encadré : contrôle préalable du Conseil constitutionnel, seuil d'approbation, contre-projet du Parlement et délai de deux ans avant de reposer une question rejetée.

Article 1er – La souveraineté

Le premier alinéa de l'article 3 de la Constitution est ainsi rédigé :

« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants, par la voie du référendum et par l'initiative citoyenne. »

Article 2 – Le RIC pour proposer ou abroger une loi

Les troisième à sixième alinéas de l'article 11 de la Constitution sont abrogés. Après l'article 11, il est inséré un article 11-1 ainsi rédigé :

« Art. 11-1. – Un million d'électeurs inscrits sur les listes électorales peuvent demander qu'une proposition de loi, ou l'abrogation de tout ou partie d'une loi promulguée, soit soumise au référendum.

« Avant toute collecte, le Conseil constitutionnel vérifie dans un délai d'un mois que l'initiative relève du domaine de la loi et respecte les droits et libertés que la Constitution garantit ainsi que les engagements internationaux de la France.

« Les soutiens sont recueillis dans un délai de douze mois, sous le contrôle du Conseil constitutionnel.

« Le Parlement dispose de six mois pour adopter le texte sans modification, auquel cas il n'est pas soumis au référendum, ou pour adopter un contre-projet soumis au même scrutin.

« La proposition est adoptée si elle recueille la majorité des suffrages exprimés et un nombre de voix au moins égal au quart des électeurs inscrits.

« Une initiative rejetée ne peut être présentée de nouveau sur le même objet avant deux ans.

« Une loi organique fixe les conditions d'application du présent article, notamment le plafonnement et la transparence du financement des campagnes. »

Article 3 – Le RIC pour réviser la Constitution

Après le premier alinéa de l'article 89 de la Constitution, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« L'initiative de la révision appartient également à un million cinq cent mille électeurs inscrits sur les listes électorales. La proposition de révision est soumise au référendum selon la procédure prévue à l'article 11-1 ; le contrôle préalable du Conseil constitutionnel porte alors uniquement sur le respect des limites fixées au présent article et sur l'unité de son objet. Elle est adoptée si elle recueille la majorité des suffrages exprimés et un nombre de voix au moins égal au tiers des électeurs inscrits. »

Article 4 – Le verrou

L'article 89 de la Constitution est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Les dispositions de l'article 11-1 et du deuxième alinéa du présent article ne peuvent être abrogées ou restreintes que par la voie du référendum. »

N'importe quel député ou sénateur peut déposer ce texte. Adopté dans les mêmes termes par les deux assemblées, il est obligatoirement soumis au référendum (article 89 de la Constitution). L'organisation pratique, notamment la collecte des signatures et le financement des campagnes, est renvoyée à une loi organique.

Faites circuler

Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager

Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à vos proches, à votre maire, à votre député. Chaque partage compte.

Sources

Chiffres vérifiés le 23 octobre 2026. Les seuils de signatures proposés sont des choix de ce dossier, à débattre.