En France, on répète aux jeunes qu’il faut étudier, obtenir un diplôme et multiplier les expériences pour trouver un emploi. Pourtant, beaucoup découvrent au moment de postuler que les entreprises recherchent des candidats jeunes, diplômés, immédiatement opérationnels, expérimentés et peu coûteux. Le paradoxe est évident : le chômage des moins de 25 ans reste élevé, tandis que de nombreux recruteurs affirment ne pas trouver les profils dont ils ont besoin. Les candidats existent, les postes aussi, mais les attentes des entreprises correspondent mal aux parcours des jeunes diplômés.
L’alternance, une solution devenue difficile d’accès
L’alternance devait rapprocher l’école et l’entreprise. Son principe reste pertinent : apprendre un métier, acquérir de l’expérience et percevoir un salaire. Mais trouver un employeur devient souvent plus difficile que trouver une école.
Selon un baromètre cité par 20 Minutes, 44 % des candidats à l’alternance déclarent rencontrer des difficultés dans leur recherche. Certains envoient des dizaines de candidatures sans obtenir de réponse, tandis que la moitié des employeurs affirment ne pas trouver le profil recherché.
Ce décalage vient aussi d’exigences excessives. Des offres demandent déjà de l’expérience, une grande autonomie et la maîtrise de nombreux outils. Pourtant, un alternant est précisément là pour apprendre. Il ne devrait pas être considéré comme un salarié confirmé à bas coût.
L’accompagnement reste également insuffisant : 22 % des alternants déclarent ne pas avoir bénéficié d’un tuteur ou d’un maître d’apprentissage. Une entreprise ne peut pas se plaindre du manque de professionnels expérimentés si elle refuse de former les débutants.
Toujours plus de diplômes pour les mêmes emplois
Le niveau de formation des Français a fortement augmenté. Cette démocratisation de l’enseignement supérieur est une avancée, mais elle provoque aussi une inflation des diplômes.
Comme l’explique la sociologue Marie Duru-Bellat dans Le Monde, lorsque le nombre de diplômés augmente plus rapidement que le nombre d’emplois qualifiés, chaque diplôme permet moins fortement de se distinguer.
Les entreprises réclament alors un bac+2 pour des emplois autrefois accessibles avec le bac, puis un bac+3 ou un bac+5 pour les mêmes missions. Les étudiants poursuivent leurs études pour éviter d’être éliminés, ce qui pousse ensuite les employeurs à relever encore leurs exigences.
Cela ne signifie pas que les diplômes ne servent plus à rien. Ils protègent encore contre le chômage. Mais ils deviennent de moins en moins suffisants pour obtenir un emploi stable et correspondant réellement au niveau d’études.
La France doit donc cesser de croire que les études longues constituent automatiquement la meilleure solution. Un CAP, un bac professionnel ou un BTS bien relié aux besoins économiques peut offrir davantage de débouchés qu’un diplôme supérieur généraliste dans un secteur saturé.
Former plutôt que chercher des candidats parfaits
Les entreprises ont une responsabilité importante. Certaines recherchent des jeunes parfaitement formés, immédiatement disponibles et déjà expérimentés, même pour des postes présentés comme débutants.
Cette volonté de supprimer tout risque finit par exclure les profils juniors. Une entreprise peut alors laisser un poste vacant plutôt que de recruter une personne motivée et de consacrer du temps à sa formation.
Les écoles doivent également mieux accompagner leurs étudiants. Elles ne devraient pas seulement les inscrire, mais développer de véritables partenariats avec des entreprises, suivre leurs recherches et publier des données transparentes sur le nombre d’alternances réellement trouvées.
Les compétences acquises dans le bénévolat, les associations, les projets personnels ou les emplois saisonniers devraient aussi être davantage reconnues. Elles peuvent démontrer de l’autonomie, de l’organisation, de la créativité et une capacité à prendre des responsabilités.
Il est facile d’accuser les jeunes de manquer de motivation. Il est plus difficile d’admettre qu’on leur demande d’étudier plus longtemps, d’avoir de l’expérience avant même leur premier emploi et d’accepter des conditions précaires.
La France ne manque pas nécessairement de jeunes diplômés ou motivés. Elle manque surtout de passerelles efficaces entre la formation et l’emploi.
Le diplôme ne doit pas devenir un ticket d’entrée toujours plus coûteux. L’alternance ne doit pas devenir une main-d’œuvre bon marché. Et le premier emploi ne devrait pas être inaccessible précisément parce qu’il s’agit du premier.
Car avant d’avoir cinq ou dix années d’expérience, chaque professionnel a dû recevoir une première chance.
Sources
Le Monde, « La massification scolaire débouche sur une inflation des diplômes, qui tendent à perdre de leur valeur », 8 mai 2025.
L’Express, « Jeunes diplômés : pourquoi les entreprises n’arrivent pas à recruter en 2025 », 16 mai 2025.
20 Minutes, « Alternance : 44 % des étudiants n’ont pas trouvé d’entreprise depuis la rentrée », 2 février 2026.
Franceinfo, « Alternance : la difficulté de nombreux étudiants à décrocher un contrat d’apprentissage ».
