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Gestion du chaos : merci l'État, merci les flics, merci les casseurs !

Publié le 3 octobre 2026

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Gestion du chaos : merci l'État, merci les flics, merci les casseurs !

Révoltes lycéennes, pile pour pisser sur le rassemblement du 17 octobre ?


Au départ, l'appel du 17 octobre monte sur les réseaux : le prix du plein d'essence devenant totalement impayable, le pouvoir d'achat en berne et le retour fracassant du spectre des Gilets jaunes, même si aucune organisation officielle n'est derrière ce mouvement. En parallèle, d'autres colères chauffent dans leur coin : les pompiers déjà mobilisés pour réclamer des moyens et du matériel, les routiers pris à la gorge, les soignants au bout du rouleau, les profs sous anxiolytiques et les fonctionnaires. Bref, tout ce petit monde a de très bonnes raisons de faire la gueule. Et là, patatras ! Les lycéens débarquent au dernier moment, sortent les mortiers d'artifice et viennent ruiner le décor.
Quel bonheur inouï pour le monarque élyséen et sa bande de lèche-bottes en costume trois pièces ! Quand la contestation sociale commence à puer sévèrement et menace de déborder de la cuvette nationale, la recette du pouvoir est d'une simplicité biblique : on oublie l'essence hors de prix et les frigos désespérément vides, on braque les caméras sur trois poubelles cramées, deux abribus explosés et des affrontements de rue, puis on laisse les hyènes du 20 heures transformer une révolte sociale en un vulgaire feuilleton sécuritaire pour rassurer le bourgeois terrifié.
Au départ, ces lycéens avaient des demandes parfaitement concrètes sur leurs conditions d'étude vétustes et les plafonds qui leur tombent sur la tronche pendant le cours de SVT. Et puis des partis politiques ont fait de la récupération, les revendications sont devenues floues et complètement instables, ensuite la machine médiatique s'est emballée. À Marseille, un camion de marins-pompiers finit brûlé. À Nantes, le hall d'un lycée est ravagé par les flammes pendant un blocage. À force de faire tourner en boucle des images d'incendies, de projectiles et de flicaille surarmée sur TikTok ou à la télé, le lycéen qui revendique devient instantanément le lycéen qui casse. La nuance gicle au fossé, l'algorithme adore le sang et la trouille, et ces adolescents finissent par saboter eux-mêmes le peu de crédibilité de leur propre mouvement.
C’est là que L’Art de la guerre devient une grille de lecture absolument fascinante. Sans imaginer un seul instant que le ministère de’Intérieur garde un traité chinois du VIe siècle avant J.-C. sur son chevet, le pouvoir applique d'instinct une mécanique redoutable : l'amplification du désordre conjuguée à l'amalgame généralisé scelle la mort définitive des revendications initiales.
Les principes fondamentaux de Sun Tzu s'activent alors d'eux-mêmes pour neutraliser la rue :
 - Faire regarder ailleurs (la diversion) : Au lieu de se confronter directement à la vraie force de la contestation (la crise économique et le carburant hors de prix), l'État laisse sciemment l'attention publique se focaliser sur un problème secondaire mais ultra-spectaculaire. Le chaos lycéen devient le leurre en or massif pour braquer les projecteurs sur l'agitation périphérique et masquer le feu central.
 - Diviser les forces et briser les alliances : Sun Tzu enseigne qu'une force dispersée est vulnérable et qu'il faut absolument empêcher l'adversaire de réunir ses alliés. En collant une étiquette de casseurs violents sur n'importe quel rassemblement, on fracture la solidarité entre les professions en grève, les automobilistes du 17 octobre et le reste de la population. La fragmentation des luttes est totale.
 - Créer la confusion où l'adversaire doit réagir (garder l'initiative) : En imposant le terrain exclusif du maintien de l'ordre et des matraques, l'État contraint le mouvement social à se justifier, à se désolidariser et à condamner publiquement les violences. La contestation devient réactive, défensive et complètement stérile.
 - Exploiter le moral et les émotions : L'affrontement direct est coûteux. La peur du chaos et l'épuisement psychologique du citoyen tétanisé devant son écran permettent de « soumettre l'ennemi sans combattre ».
Pas besoin d'un complot secret : TikTok, Snapchat et les chaînes d'information en continu travaillent gratuitement. L'algorithme adore la violence, les réseaux amplifient la panique, et le gouvernement n'a plus qu'à cueillir le fruit de cette anesthésie collective.
Le terrain politique change en un clignement d'œil. On ne parle plus du prix de l'essence, des salaires de misère ou des moyens pour les pompiers, mais de lacrymos, de gardes à vue et de flics.
En 2018, des suspicions d'infiltration de flics en civil alimentaient déjà les débats sous les Gilets jaunes. Aujourd'hui, même plus besoin de s'embêter à infiltrer qui que ce soit : les vrais casseurs, les pilleurs du dimanche et les gaminous venus gratter leur quart d'heure de gloire numérique font le travail de démolition gratuitement pour le pouvoir. Les réseaux amplifient, les médias bavent, le gouvernement condamne fermement. Le système tourne en roue libre.
Résultat des courses : on fout une bonne grosse dose de trouille dans le crâne du citoyen. On balance dans le même sac poubelle les automobilistes en colère, les professions en grève, ces ados venus mettre le souk et les casseurs de vitrines, puis on envoie la flicaille nettoyer tout ça sous les applaudissements hystériques de la France d'en bas complètement terrifiée.
Merci l'État, merci les flics, merci les casseurs. La rue aurait presque pu parler du fond, mais elle a préféré se faire plumer dans les règles de l'art.

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