À moins de six mois du premier tour d'avril 2027, la foire au bétail électoral bat son plein, les instituts de sondage ont huilé leurs tableurs Excel pour formater l'opinion et les magnats de la presse ont distribué les fiches de paie à leurs pantins. Comme tous les cinq ans, on exige des Français qu'ils choisissent sagement leur bourreau pour les cinq années à venir, mais la vitrine est devenue si pestilentielle que même les désodorisants des chaînes d'info en continu n'y suffisent plus.
Tout commence au cœur de la majorité sortante en phase terminale, là où Édouard Philippe rôde en attendant son heure. Le fossoyeur à barbe bicolore, celui qui a offert les 80 km/h, matraqué les Gilets jaunes au LBD et imposé la retraite reculée, avance avec le charisme d'un huissier de justice venu saisir le berceau d'une famille pauvre, comptant uniquement sur la panique télévisuelle et le vote par peur des retraités pour s'emparer de l'Élysée. Derrière lui s'agite Gabriel Attal, le stagiaire en costard-cravate, pur produit marketing biberonné aux dogmes de l'austérité qui s'effondre dans les enquêtes d'opinion tout en promettant une saignée de 150 milliards d'euros sur les services publics. Dans ce même marécage central, la vieille momie du Béarn François Bayrou continue de parasiter les dorures de la République après un demi-siècle de compromissions, pendant que des technocrates lunaires revendiquent l'étiquette surréaliste d'« extrême-centre », le culte fanatique du néant et de la soumission, et que les cercles dirigeants s'agitent en coulisses pour parachuter Christine Lagarde tout droit descendue de ses sommets financiers pour venir administrer la potion amère au peuple français.
Cette caste technocratique trouve son prolongement naturel dans une droite bourgeoise qui fait mine de rugir tout en léchant les bottes du patronat. Bruno Retailleau joue les caïds sécuritaires sur les plateaux télé pour graver sa photo dans les esprits, alors qu'au Sénat il a voté les yeux fermés toute la casse sociale de ces dernières années, exactement comme le septuagénaire Michel Barnier, l'ancien commis de Bruxelles qui singe le gaullisme après avoir bradé la souveraineté nationale. Sur la même ligne, le maire de Cannes David Lisnard rêve d'appliquer une politique de massacre budgétaire à la tronçonneuse en gérant l'hôpital public comme un parc de stationnement pour yachts, tandis que l'assureur de province Xavier Bertrand végète dans les profondeurs des sondages après des décennies de trahisons, que l'ancien flic reconverti Jean-Michel Fauvergue vient donner des leçons d'ordre après avoir voté toutes les lois liberticides, et que Dominique de Villepin ressort de son mausolée doré pour faire du pathos humaniste en espérant que tout le monde a oublié que c'est lui qui a offert nos autoroutes sur un plateau aux entreprises privées.
Cette droite décomplexée glisse sans la moindre aspérité vers le Rassemblement National, grand champion de l'imposture populaire. Marine Le Pen et son gendre idéal Jordan Bardella caracolent en tête des intentions de vote en capitalisant sur la colère des oubliés, mais ils ont déjà signé toutes les compromissions avec les grands syndicats patronaux et les technocrates atlantistes. Adieu la sortie de l'euro, adieu le Frexit, adieu la retraite à 60 ans : le programme a été lessivé pour donner des gages aux marchés, transformant le parti en simple antichambre du système chargée de canaliser la rage pour mieux l'aseptiser. Quant à Éric Zemmour, relégué aux marges, il poursuit son numéro de polémiste nostalgique obnubilé par ses obsessions identitaires pendant que les fonds d'investissement pillent l'économie réelle.
En face, sur l'autre rive du théâtre électoral, la gauche institutionnelle et La France Insoumise verrouillent l'autre pan du piège. Jean-Luc Mélenchon reste le meilleur atout du système en place : perché au premier tour, il polarise juste assez pour repousser la majorité des électeurs modérés et garantir l'élection de n'importe quel candidat du sérail au second tour, tout en ayant liquidé le projet de rupture souveraine au profit d'un clientélisme urbain qui terrorise la France des bourgs et des usines. À ses côtés, Raphaël Glucksmann, le chouchou des rédactions parisiennes et des cercles mondains, incarne cette gauche de salon euro-fédéraliste qui disserte sur le destin de la planète tout en toisant avec mépris le travailleur en gilet de haute visibilité. Autour d'eux s'active la cohorte des appareils : François Ruffin et ses faux airs de frondeur qui finissent toujours par ramper devant les directions socialistes, les écologistes de centre-ville qui brandissent leurs interdictions de circuler comme un dogme punitif contre les plus précaires, ou encore Fabien Roussel qui joue les syndicalistes folkloriques tout en votant les budgets métropolitains de connivence. Sans oublier les rescapés du hollandisme, Cazeneuve, Bouamrane et le retour en ombre portée de François Hollande, et les chapelles trotskistes qui récitent le catéchisme du siècle dernier en s'enfermant dans une pureté stérile qui ignore superbement la réalité du pays.
Pour clore le spectacle, le système exhibe sa galerie de bouffons officiels : le berger des Pyrénées qui a voté docilement tous les budgets de l'État pendant quarante ans avant de pousser la chansonnette sur un plateau, les ingénieurs de cabinets d'études et les militants animalistes venus plaider leur cause sur un coin de table pendant que l'État s'effondre, ou encore les illuminés de passage que l'on invite en fin d'émission pour jeter le discrédit sur toute velléité de contestation hors cadre.
Au milieu de cette foire aux illusions, saluons l'honnêteté de ceux qui, du côté des figures et des petits mouvements souverainistes comme François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot, Natacha Polony ou à travers les analyses de Juan Branco, ont au moins le mérite de pointer du doigt la matrice de notre soumission : l'enfermement dans les traités européens, la monnaie unique et l'aliénation médiatique. Mais prisonniers de leurs rivalités stérilisantes et broyés par le rouleau compresseur du scrutin présidentiel, ils s'épuisent dans une nasse où le jeu est truqué d'avance.
Alors, au lieu d'attendre passivement que le piège se referme le soir du second tour sur un choix entre la peste et le choléra institutionnel, il n'y a plus qu'une seule issue de secours : le Plan B.
Puisque le sommet de l'État est imperméable à la voix du peuple, la transformation ne viendra pas d'un homme providentiel tombé du ciel, mais de la base, en piétinant les vieilles étiquettes périmées. Ouvriers, employés, artisans, retraités lucides, abstentionnistes de dégoût, citoyens de droite ou de gauche : l'oligarchie ne tient debout que parce qu'elle nous oppose les uns aux autres à coups de slogans partisans. Le jour où l'on balaie ces barrières pour converger sur le front du concret, leur édifice de pacotille s'écroule.
La véritable riposte s'organise partout sur le terrain à travers des milliers de collectifs d'initiatives citoyennes. Dans chaque village, chaque bassin d'emploi, chaque quartier, des collectifs d'initiatives citoyennes se forment en dehors des partis pour recenser les urgences réelles : la réouverture des services publics de proximité, la défense du pouvoir d'achat, la maîtrise de nos approvisionnements et la fin des gabegies locales. Ces collectifs d'initiatives citoyennes rédigent des cahiers de doléances impitoyables et viennent sommer les élus en place, les yeux dans les yeux, de plier l'échine devant la volonté populaire. Et face au mépris ou aux fins de non-recevoir des bureaucraties, on change de méthode : on expose publiquement leurs turpitudes dans chaque boîte aux lettres, on s'invite en nombre dans les instances locales, on paralyse l'application de leurs lois absurdes, on bloque les rouages qu'ils croyaient intouchables et on installe un rapport de force direct, physique et médiatique, jusqu'à ce que la base reprenne le contrôle.
Pris isolément, un groupe de citoyens ressemble à une étincelle fragile. Mais lorsque des milliers de collectifs d'initiatives citoyennes s'activent de concert, s'emboîtent comme les pièces d'un gigantesque puzzle national et décident d'avancer d'un seul bloc, aucune force de police ni aucun appareil médiatique ne pourra contenir la marée. Cessons d'abdiquer notre liberté tous les cinq ans entre les mains d'un locataire de l'Élysée : le véritable pouvoir n'a jamais été dans les dorures ministérielles, il réside tout entier dans la force brute de notre union au quotidien.
