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Sarladais : sans voiture, on vous souhaite bonne marche

Publié le 2 octobre 2026

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Sarladais : sans voiture, on vous souhaite bonne marche

Un seul car utilisable le matin, à 5h54. Jusqu'à 19 jours par an dans les transports pour étudier à 38 km. Jusqu'à 6h29 pour rentrer. Même un chauffeur dit que c'est mal foutu. Dans le Sarladais, se déplacer sans voiture est un sport d'endurance, et la Région fait semblant de ne rien voir.


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À Sarlat, pour être en cours à 8h à Brive sans voiture, la Nouvelle-Aquitaine a une solution : se lever à 5h. C'est écrit dans aucune brochure, mais c'est le principe.

Je vis à Sarlat. Quand on n'a pas de voiture, on découvre vite que le transport en commun du Sarladais est comme le yéti : tout le monde en parle, personne n'en croise. Entre Sarlat et Brive, il y a 38 km à vol d'oiseau, la même Région des deux côtés, et pas un seul car direct. On peut dire que la Région a le sens de l'économie : elle a économisé la ligne.

Deux villes, une Région, zéro excuse

Sarlat (Dordogne) et Brive-la-Gaillarde (Corrèze) sont toutes les deux en Nouvelle-Aquitaine. C'est dommage pour les alibis : « c'est de l'inter-régional, c'est compliqué » est d'habitude l'excuse préférée des liaisons qui n'existent pas. Ici, la même collectivité gère les cars et les TER des deux côtés. Si rien ne relie ces deux villes, ce n'est pas un accident administratif, c'est un choix, ou un oubli. À elle de nous dire lequel.

38 km à vol d'oiseau, 52 par la route. En voiture, l'appli annonce 49 minutes. Sans voiture, il n'y a pas de ligne directe, point final.

Le seul chemin qui marche : le car de 5h54

Il existe pourtant un itinéraire entièrement en Nouvelle-Aquitaine : la ligne 336 (Sarlat–Montignac), puis la ligne 320 (Montignac–Terrasson–Brive). Du lundi au jeudi (les jours que j'ai testés), l'appli donne un départ de Sarlat à 5h53 ou 5h54, et une arrivée à destination à 7h41 ou 7h43. Trajet : 1h55 à 1h59, contre 49 minutes en voiture. Au menu : 28 minutes de 336 jusqu'à Montignac, une correspondance de 11 minutes (le 320 repart à 6h33), puis 64 minutes de 320 jusqu'à Brive. Les amateurs de lever de soleil seront comblés.

Et il n'y en a qu'un. Si on rate le car de 5h54, le suivant part à 10h17 pour une arrivée à 12h46. Le matin, il y a donc deux départs : celui de 5h54, et celui où on a raté celui de 5h54.

Et encore, avoir le car ne veut pas dire arriver à Brive. Il y a d'abord la correspondance de Montignac : onze minutes pour passer du 336 au 320, zéro marge. Il y a ensuite les retards, qui font sauter la correspondance sans prévenir. Et il y a le détour lui-même : il arrive que le car ne passe pas par Montignac et file droit vers Périgueux. La correspondance saute alors, et le reste de la matinée avec. Je ne ferai pas le procès des chauffeurs, qui ont leurs horaires et leurs contraintes. Mais un trajet dont la réussite dépend du bon vouloir de celui qui conduit n'est pas un service, c'est un pari. Et ce pari, on ne le lit pas sur un tableau d'horaires : on le vit chaque matin, avec la boule au ventre et le téléphone à la main.

Et ce n'est pas qu'un ressenti personnel : beaucoup d'usagers râlent, et un chauffeur lui-même reconnaît que les liaisons du secteur de Sarlat sont « mal foutues ». Le problème ne se limite pas à un car mal calé sur un train : c'est l'ensemble des liaisons autour de Sarlat qui semble pensé sans les gens qui s'en servent. Mes trajets en donnent deux exemples. À Souillac, le car arrive à 6h44 pour un train à 7h30, soit 45 minutes à regarder les rails. À Montignac, c'est l'inverse : onze minutes de correspondance, sans aucune marge. Trop de temps d'un côté, pas assez de l'autre : on a l'impression que personne n'a jamais posé les horaires sur la même table.

D'après ce même chauffeur, l'explication est presque pire que le problème : la Région passe commande à un prestataire, qui roule selon les ordres reçus, et la SNCF, c'est un autre monde, avec ses propres horaires. Autrement dit, chacun fait son travail, et personne ne fait le trajet. Je rapporte son explication, je n'ai pas lu les contrats : je ne sais pas qui, dans la chaîne, a le pouvoir de caler un car sur un train. Mais si la réponse est « personne », c'est une réponse en soi. Et si c'est la Région, elle sait où elle est.

L'option Souillac : le car, l'attente, le train

L'autre chemin passe par Souillac : le car 335 Sarlat–Souillac, puis le train. Le car roule 40 à 49 minutes pour environ 2,50 à 3 €. Les villages sont desservis (Carsac-Aillac, Calviac-en-Périgord, Carlux, Peyrillac-et-Millac, Cazoulès). L'arrêt existe, c'est le car qui est rare.

Horaires officiels de la ligne 335 au départ de Sarlat (hiver 2025-2026, reconduits à l'identique pour 2026-2027) :

  • En semaine : 5h55, 12h05, 16h25, 17h55, 18h05.
  • Le week-end : 12h05 et 17h00. Deux. En tout.

Lisez bien le matin : 5h55, puis plus rien jusqu'à midi (5h55 place Pasteur, 6h04 à la gare : d'après mes trajets, c'est le même car, pas deux). L'été 2025, il y avait cinq départs dans la journée. Preuve que ce n'est pas une impossibilité technique : c'est un budget. (Les sites d'itinéraires du type Rome2rio affichent « 2 fois par jour ». Fiez-vous plutôt aux PDF officiels.)

À Souillac, environ 45 minutes d'attente avant le train (car arrivé à 6h44, train à 7h30). D'après mes trajets, l'Intercités part de Souillac vers 7h30 et le train régional vers 7h35, pour une arrivée à Brive vers 7h56 et vers 8h. Quand on a cours à 8h, c'est ce qu'on appelle arriver à l'heure, à condition que le cours soit à la gare. Dans la vraie vie, l'appli me dépose à destination à 8h12 par cette route : en retard, mais avec ponctualité. Sur ces 2h27, il y a environ 75 minutes de transport, 45 d'attente, et le reste à marcher.

Côté retards, la SNCF fait de son mieux. Un matin, l'Intercités 3634 était annoncé avec 10 minutes de retard au départ et 15 à l'arrivée : passage à niveau en panne entre Souillac et Brive. Ce vendredi 2 octobre, l'Intercités de 13h02 de Brive vers Souillac affichait lui aussi 15 minutes de retard, pour incident technique sur la voie. Quand l'itinéraire est déjà calé à la minute près, quinze minutes de retard, c'est un cours en moins. Pour le 8 octobre, l'appli affichait en plus un bandeau « travaux prévus sur la ligne 32 » : ce que ça change, je l'ignore, mais le trajet tient déjà à quelques minutes près.

Le prix : SNCF Connect affiche le train Brive–Souillac dès 5 € en liO (24 min) et dès 5,90 € en Intercités (26 min). Avec le car, ça fait 7,50 à près de 9 € l'aller, soit 15 à 18 € par jour pour un aller-retour, à tarif plein. Pour 38 km. Pour un étudiant.

Le retour, justement. Ce vendredi, un départ à 13h08 de Brive donnait une arrivée à Sarlat à 19h37 : 6h29 de trajet pour 38 km. C'est plus long qu'un Paris–Rome en avion, escale comprise.

Nuance, parce qu'on est satirique, pas malhonnête : tout dépend de l'heure de sortie. Au départ de Brive à 17h25, 18h20 ou 19h22 (320 puis 336), le premier car donne une arrivée à Sarlat vers 18h58, soit 1h40. Les options en train (L32 puis 336, ou K1 puis 335) montent à 2h35 et 2h50. Autrement dit : si on finit à 17h, on rentre. Si on finit en milieu de journée, on attend, ou on tombe sur le 6h29.

Le covoiturage ? Il existe, mais les rendez-vous se calent plutôt vers 8h30. Parfait pour qui a cours plus tard, inutile pour qui commence à 8h pile.

Un mot sur la frontière : Souillac est dans le Lot, donc en Occitanie, et le train régional Brive–Souillac apparaît sous la marque liO, celle de l'Occitanie. Ça explique une partie du bazar. Une partie seulement : rien n'empêche la Nouvelle-Aquitaine de caler ses cars sur des horaires qui permettent d'arriver à Brive avant 8h, ni d'aller en discuter avec sa voisine plutôt que de s'en servir d'alibi.

Et Périgueux ? Même film

Le scénario se rejoue vers Périgueux (67 km, 1h en voiture). Pour un lundi d'octobre, l'appli ne m'a proposé que deux itinéraires :

  • le car 336 à 5h54, arrivée à 7h30 : 1h46 de trajet ;
  • le train depuis la gare de Sarlat (6h16, avec une correspondance, ligne 34), arrivée à 8h12.

Même heure de départ que pour Brive : 5h54. Visiblement, c'est l'heure officielle de l'étudiant sarladais. Je n'ai testé qu'un jour, je ne prétends pas que c'est pareil toute l'année pour toutes les formations. Mais pour qui doit arriver tôt, le menu est le même vers les deux villes : se lever à 5h.

Le calcul : ce que ça coûte, du jour à l'année

Hypothèse de départ : j'y vais 2 fois par semaine, et 3 fois une semaine par mois. Ça fait 9 jours par mois, soit environ 90 jours sur une année scolaire de 10 mois. Les durées viennent de mes trajets d'octobre 2026 (aller + retour, porte à porte), les prix sont ceux affichés à plein tarif. Quatre scénarios : la voiture ; les transports « au mieux » (car 336 + 320 le matin, car de 17h25 le soir) ; le trajet via Souillac (car 335 + train) ; et le pire cas (2h27 le matin, 6h29 le retour de midi). Le prix du 336 + 320 n'apparaît pas dans les calculs en euros : je n'en ai pas le tarif.

Par jour

  • Voiture : 1h38, environ 12 € de carburant.
  • Transports au mieux : 3h39, soit 2h01 de plus.
  • Via Souillac : 5h02 (3h24 de plus), 15 à 18 €.
  • Pire cas : 8h56, soit 7h18 de plus que la voiture.

Par semaine (2 jours)

  • Voiture : 3h16, environ 24 €.
  • Transports au mieux : 7h18 (4h02 de plus).
  • Via Souillac : 10h04 (6h48 de plus), 30 à 36 €.

Par mois (9 jours)

  • Voiture : 14h42, environ 109 €.
  • Transports au mieux : 32h51 (18h09 de plus).
  • Via Souillac : 45h18 (30h36 de plus), 135 à 162 €, soit 26 à 53 € de plus que le carburant.

Par an (90 jours)

  • Voiture : 147 heures (environ 6 jours entiers), environ 1 087 € de carburant.
  • Transports au mieux : 328 heures 30, soit près de 14 jours complets passés dans les transports, et 181 heures de plus que la voiture.
  • Via Souillac : 453 heures, soit près de 19 jours complets (306 heures de plus que la voiture), pour 1 350 à 1 620 € : 263 à 533 € de plus que le carburant.

En clair : en prenant les transports, on met plus de temps et on paie plus cher que le carburant d'une voiture. Un tour de force, pour une alternative censée être économique. La comparaison est évidemment un peu injuste : la voiture, il faut d'abord l'avoir, et le permis, l'assurance et l'achat se paient d'avance. C'est précisément le problème : ceux qui n'ont pas ce capital de départ paient la facture la plus lourde, en euros comme en heures.

Le coût qu'on ne chiffre pas : le sommeil

Il y a ce que les tableaux ne montrent pas. Prendre le car de 5h54, c'est se lever vers 4h30 ou 5h. Pour dormir ses 7 à 8 heures, il faut être couché vers 21h30. Et au retour, avec une arrivée à Sarlat vers 19h30 ou 19h50, on a passé plus de 13 heures hors de chez soi. Il reste de quoi manger, réviser un peu, et s'effondrer.

Se lever à 5h pour aller étudier, c'est courageux. Ce n'est pas pour autant une bonne méthode de travail. Je n'ai pas de chiffres propres au Sarladais : je m'appuie sur ce que l'on sait en général du sommeil. Le manque de sommeil abîme l'attention, la mémoire et l'humeur, c'est-à-dire exactement les trois choses dont on a besoin dans un amphi. Et à 18-25 ans, l'horloge biologique tire plutôt vers le coucher tardif, donc le réveil à 4h30 est plus coûteux qu'à 40 ans.

S'ajoute la fatigue nerveuse du trajet lui-même : savoir qu'on a 11 minutes de correspondance, qu'un retard ou un car qui saute Montignac ruine la journée, c'est du stress qu'on porte avant même d'arriver en cours. La seule bonne nouvelle, c'est qu'on peut dormir dans le car, à condition de ne pas rater l'arrêt de la correspondance.

Le courage des étudiants du Sarladais n'est pas en cause. Mais un système qui compte sur lui pour fonctionner, c'est un système qui a transformé la fatigue en condition d'accès aux études.

Pourquoi Brive, et pourquoi ça compte

Brive, c'est une vraie ville étudiante : plus de 2 000 étudiants, une vingtaine d'établissements, plus de 50 formations. Le campus de l'Université de Limoges (site Robert Badinter) accueille de l'ordre de 800 à 950 étudiants (droit, STAPS, santé, recherche). L'IUT du Limousin y propose deux BUT (GEA et GEII), avec 118 places en première année. À Souillac, deux lycées (Louis Vicat et le lycée hôtelier Quercy-Périgord) forment aussi des jeunes du secteur.

Pour un jeune du Sarladais, Brive est la grande ville universitaire à moins d'une heure. Ne pas la relier à Sarlat, c'est dire aux étudiants : « soit vous avez une voiture, soit vous déménagez ». À 18-20 ans, avec un budget serré, le permis qui coûte plusieurs milliers d'euros et l'assurance qui va avec, ce n'est pas un choix. C'est un péage à l'entrée des études.

Le raisonnement de la Région (et son petit défaut)

La réponse standard : « pas assez de demande, trop cher à faire rouler ». L'argument n'est pas ridicule : un car presque vide coûte cher, et l'argent public n'est pas infini. Mais regardez la mécanique. Il y a peu de monde parce que les horaires sont mauvais, et les horaires restent mauvais parce qu'il y a peu de monde. Le raisonnement du gestionnaire : pas de passagers, donc pas de car. Le raisonnement du passager : pas de car, donc pas de passagers. Une belle symétrie, qui ne mène nulle part, sauf au garage.

Je n'ai pas de chiffres prouvant que des horaires adaptés rempliraient les cars : c'est un raisonnement, pas un fait. Mais c'est à la Région de le tester, pas aux étudiants de le deviner à 5h du matin. Et le coût n'est pas tout : elle a bien trouvé de quoi faire une navette cadencée à Périgueux. Les priorités se choisissent.

Ce qu'on pourrait faire, pour changer

  1. Une vraie liaison Sarlat–Brive : directe, ou au minimum une correspondance garantie et lisible (un horaire, un billet), avec une arrivée avant 7h30 pour être en cours à 8h sans traverser la nuit.
  2. Un deuxième car le matin. Un seul, ce n'est pas une offre, c'est un pari.
  3. Une correspondance 335–train coordonnée, sans 40 minutes à regarder les rails, et un retour qui dure moins qu'un vol long-courrier.
  4. Un coup de fil à l'Occitanie. Souillac est à quelques kilomètres, ça peut se faire.
  5. Des chiffres publics : combien de jeunes du Sarladais étudient à Brive ou à Périgueux, combien prennent aujourd'hui les lignes 335 et 336 le matin. Débattre sans données, c'est du théâtre.
  6. Un tarif jeune qui ne transforme pas un aller-retour en 15 à 18 € par jour.

Conclusion

Le Sarladais n'est pas un désert de transports. C'est plus subtil : le service existe sur le papier, et s'évapore à l'usage. Deux villes de la même Région, un car le matin, jusqu'à 6h29 pour rentrer en milieu de journée et un réveil à 4h30. Quand on n'a pas le permis à Sarlat, ce n'est pas une fatalité géographique, c'est une décision. Dépendre d'une voiture pour absolument tout, tout le temps, n'est pas normal : une région qui laisse la voiture comme seul moyen fiable de se déplacer fait un choix de société, même si elle ne le dit pas. Et une décision, ça se discute, ça se conteste, et ça se change.

La balle est dans le camp de la Région Nouvelle-Aquitaine. À elle de dire si elle veut que les jeunes du Sarladais étudient à Brive ou à Périgueux sans voiture, ou si elle a décidé que non.

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